Halte Spirituelle 2018 avec Bruno CHENU (Conclusion)

1 étudiant

Bruno Chenu continue son parcours à travers la vie de l’Église et sa recherche d’une juste représentation de ce visage du Christ. Il traverse le cours de son histoire en passant de l’image interdite à l’icône qui rend Dieu présent puis aux différentes approches des confessions chrétiennes. Il en arrive à la responsabilité ecclésiale contemporaine de promouvoir une religion du visage : du visage humain qui porte la trace de Dieu.

Deux grands textes nourrissent cette réflexion finale : le jugement dernier et les disciples d’Emmaüs1. On les retrouve en conclusion de La trace d’un visage. Ils illustrent les deux polarités de la dissymétrie (hauteur, abaissement) que nous avons soulignées avec Levinas :

Au long de l’histoire, le Ressuscité nous accompagne avec les deux visages du pauvre (Mt 25) et de l’Église (Lc 24). Le visage de celui qui implore et le visage de celle qui donne. L’unité des deux visages ne pouvant être que l’amour partagé. L’absence corporelle est conjurée par la présence aimante à l’autre2.

La phrase est belle, même si elle est un peu difficile à comprendre. Retenons l’unité du visage du pauvre et de l’Église dans l’amour. La mission de l’Eglise est liée à celle de l’amour préférentiel des pauvres avec lesquels elle donne à voir le visage de Dieu. La communion de l’Eglise et des pauvres est le vrai visage du Christ aujourd’hui. Mais ce visage est difficile à voir, il reste masqué par les divisions humaines. Ce qui est visible, ce sont les traces de la présence du Christ dans les visages contemporains de l’Eglise et des pauvres. Et Bruno nous invite à partir à leur recherche. Tout homme porte une trace divine : puisse-t-elle nous guider vers la face de Dieu.

Notre être créé porte la trace cachée du Dieu qui l’a façonné et toute notre vie humaine est le pistage de cette trace qui ne peut déboucher qu’en Dieu. Dans le temps de l’histoire, le repérage de la trace active l’ardeur dans la quête de la face. Car « la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ». Ou pour le dire avec les mots de l’apôtre (1 Co 13,12) : « A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face3. »

Le texte des disciples d’Emmaüs, en se terminant sur le geste eucharistique, nous dit en creux que Dieu dévoile son visage dans la célébration eucharistique. Le face-à-face est déjà possible maintenant. Il nous livre aussi le secret qui unit la parole et le regard de Jésus : c’est le don de soi, l’oblation. Les disciples avaient entendu Jésus sur le chemin, mais ils ne l’avaient pas reconnu à sa parole ; ils avaient mangé avec lui à table en le voyant face-à-face, mais ils n’avaient pas reconnu son regard. Ils ne comprennent qu’au moment où il rompt le pain. Geste eucharistique du corps brisé et livré en nourriture pour la vie du monde. Aujourd’hui encore, au fil de nos rencontres, c’est la vie donnée et du don de soi qui nous permet d’authentifier le visage du Christ.

Bruno a repris sa méditation des disciples d’Emmaüs jusqu’à en faire un autre livre, le premier d’une toute nouvelle collection convoquant les images et leur histoire en même temps que les textes. C’était aussi son dernier. Peu avant sa sortie, il a rencontré le visage du Christ. Les divisions humaines n’en obscurcissent plus la lumière. Il est entré dans l’unité de Jn 17.

1Bruno Chenu analyse ces deux textes à la fin de La trace d’un visage : Mt 25 dans le chapitre « L’identification au Christ » (pp. 159-168), qui amène à la conclusion ; et Lc 24 comme plat de consistance de la conclusion elle-même (pp. 170-172).

2La trace d’un visage, pp.171-172.

3La trace d’un visage, p.172.

Les détails ne sont pas renseignés

Formateur

Gratuit

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.