Halte Spirituelle 2018 avec Bruno CHENU (Introduction) par Nicolas TARRALLE

4 étudiants

1) Une halte spirituelle avec Bruno Chenu

Bruno Chenu a prêché des retraites, et notamment pour les laïcs une sur Thomas Merton, un moine cistercien des Etats-Unis, grand mystique du 20è siècle, un peu retombé dans l’oubli aujourd’hui… En souvenir de ce que Bruno avait partagé alors, j’ai voulu vous proposer ce texte qu’il avait extrait de l’œuvre de Merton. Notre halte à Lourdes n’est sans doute pas le meilleur moment pour faire une expérience approfondie de la lectio divina, mais c’est un moment tout à fait propice pour s’entendre donner des conseils simples de prière.

( Texte de Thomas Merton : « démarche spirituelle et méditation »)

Prêcher sur la spiritualité d’un moine, d’un mystique, c’est tout à fait limpide, mais est-ce possible avec un théologien ? Ou pire, un journaliste ? Or Bruno Chenu est d’abord connu pour avoir été l’un et l’autre, et plus encore pour avoir été les deux ensembles. Curieux choix donc que de le suivre pour cette halte spirituelle. Mais outre le fait que nous n’allons pas exactement vivre une retraite dans un endroit reculé et silencieux – nos après-midi et nos soirées seront plongée dans le peuple des croyants de Lourdes et du Pèlerinage National – il vaut la peine justement de réveiller de la dimension spirituelle qui traverse le journaliste comme la théologie : celle de nos vie et des événements du monde. Et Bruno Chenu est un maître pour cela. Il nous partage des choses très solides et finalement très simples qui éclairent notre foi.

Un mot sur Bruno. Il est né en 1942 à Beaurepaire dans l’Isère. C’est un vrai dauphinois, supporter inlassable des verts de l’AS St Etienne. Il est entré au petit séminaire assomptionniste qu’on appelait à l’époque « alumnat », il a suivi les études jusqu’au noviciat à la sortie du bac et prononcé ses premiers vœux en 1961 à Pont l’Abbé d’Arnoult en Charente-Maritime. Il a continué ses études à Layrac, près d’Agen, pour y faire de la philosophie, puis à Valpré près de Lyon pour la théologie. Entre les deux il fait son service militaire à Mourmelon au centre de la France. Bruno fait donc sa théologie à la catho de Lyon de 1964 à 1968, pour un vivre la fin du concile Vatican II et l’élan qui s’en est suivi. Il est ordonné en mars 1968.

Il est doué dans les études, aime la théologie et poursuit sur un 3ème cycle à l’Institut Supérieur des Etudes Œcuméniques pendant 2 ans à Paris, comme tremplin vers une thèse soutenue à Lyon en 1972 sur le Conseil Œcuménique des Églises. Dans ce cadre de recherche, il obtient une bourse d’étude du COE pour passer un an au séminaire protestant de Hartford. C’est là qu’il va se passionner pour la théologie noire et les Negro Spirituals. De retour en France, il plonge dans le bain de l’enseignement supérieur en donnant le cours sur l’Église au Grand séminaire d’abord puis rapidement aussi à la catho de Lyon. Jusqu’en 1988, il reste prof à la catho, baignant avec bonheur dans les milieux œcuméniques lyonnais. Il est vite coopté par le Groupe des Dombes, qui rassemble des théologiens et pasteurs catholiques et protestants. Son intérêt pour l’Église s’ouvre sur un enseignement en missiologie et dans le domaine des théologies des autres continents. Il est alors aussi sollicité dès 1983 par la commission Justice et Paix de la conférence épiscopale de France. Il restera fidèle à ces deux lieux d’échange et de travail collectif jusqu’à sa mort.

1988 marque un tournant dans la vie de Bruno. Depuis 1981 il travaille à temps partiel pour les éditions du Centurion, mais sa nouvelle mission à Bayard l’oblige à déménager. Il quitte la région lyonnaise pour aller à Paris prendre le poste de rédacteur en chef religieux de La Croix. C’est un arrachement que de quitter Lyon, l’enseignement et la théologie. Mais il gardera toujours un petit cours à la catho. Pendant 9 ans à La Croix, son énergie et son attention sont mobilisées par le rythme du quotidien. Il répond certes à des sollicitations de conférence, poursuit l’un ou l’autre projet de livre, mais il sort épuisé de ces années sous tension. Deux événements ecclésiaux majeurs marquent cette période : l’affaire Gaillot et l’assassinat des moines de Tibhirine. Bruno saura tenir une ligne exemplaire pour accompagner ces deux déflagrations. Il demande néanmoins une année sabbatique avant de reprendre de nouvelles sollicitations. Cette toute dernière période de la vie de Bruno est à la fois très riche et très courte. Il a enfin la disponibilité nécessaire pour à la fois enseigner comme un théologien et partager sa grande justesse de jugement comme un journaliste. Il donne des conférences, monte des projets éditoriaux en « livre », accompagne les équipes de Bayard, de Justice et Paix, devient co-président du Groupe des Dombes. Il meurt le 23 mai 2003, sans pouvoir prendre l’avion qui devait l’amener en Italie pour une conférence organisée par la communauté de Florence.

 

2) Le testament spirituel de Bruno CHENU : Le Christ et l’Église, des livres et des articles

Le 3 juin 2001, Bruno Chenu met sur papier ce qu’on peut considérer comme son « testament spirituel ». Une sorte de relecture fulgurante, alors qu’il est atteint par le cancer, dans laquelle il livre en quelques lignes l’essentiel de ce qu’il a voulu vivre et transmettre. Une prière qui vibre d’un profond amour de l’Église du Christ, une Eglise large et tournée vers le Royaume :

Loué soit le Dieu de Jésus ! Que son Règne vienne ! En ce jour de Pentecôte, fête de l’Eglise, je confie au papier un ultime et bref message. Je n’ai jamais eu qu’une vocation et qu’un désir : servir l’Eglise. Elle me l’a bien rendu : je remercie le Seigneur pour sa bienveillance et sa miséricorde à mon égard. Je le remercie aussi pour la famille humaine et la famille religieuse qu’il m’a données. Elles m’ont fait tout ce que j’ai essayé d’être. Comme je l’ai toujours dit, mon vrai « testament » est dans mes livres et dans mes articles, surtout dans L’Eglise au cœur et dans La trace d’un visage où j’ai livré le meilleur de ce que le Seigneur m’inspirait. Je suis très reconnaissant à ceux et celles qui m’ont fait l’honneur de me lire. Ils ont constitué ce que j’aimais appeler ma « paroisse invisible ». Ils ont constamment fouetté mon énergie. Tant mieux si les livres que je laisse dans ma bibliothèque peuvent servir à d’autres, notamment pour ce qui concerne les Noirs américains et les théologies du Sud. (…) « Entre tes mains, Seigneur, je remets ma vie1. »

Nous allons glaner à la source qui a animé Bruno Chenu à travers quelques-uns de ses livres et articles. Nous allons picorer ici et là sans chercher à synthétiser son expérience de foi. Espérons que sa cohérence viendra nous saisir, de manière toute simple. Bruno ne va pas nous livrer une illumination mystique, même s’il y a de la mystique dans sa vision de l’Église, il n’a pas eu d’apparition comme Bernadette, bien que ce privilège lui ait valu aussi de grandes souffrances et que c’est sa fidélité qui fait d’elle une sainte. Bruno nous partage simplement la grande justesse de son regard sur l’Église et le monde, enraciné dans son amour du Christ, et nourri d’une intense précision intellectuelle. Il nous ouvre de larges perspectives en relief qui nous aident à comprendre et à aimer. Le Christ, Marie et l’Église.

3) Un temps de pèlerinage : mouvement… avec Marie à Lourdes

Le 15 Août est un moment privilégié pour rejoindre le mouvement intérieur au geste extérieur. La Vierge est la première à nous inviter à cette attitude, elle qui a vécu l’exode de son Fils Jésus, nous venons de le souligner, comme un « pèlerinage de foi » (Vatican II)

Le pèlerinage suppose un aller, une rencontre et un retour. Le christianisme insiste sur cette dynamique des trois temps. La mise en route est importante. Il s’agit de mettre de la distance entre soi et soi, de contraster la banalité du quotidien avec l’intensité de l’événement. (…) La marche débouche en un lieu où la vie polychrome des saints et des saintes diffracte la lumière de l’Evangile. Certes, le premier pèlerinage chrétien est toujours Jérusalem, le lieu de passage du Christ. Mais notre siècle connaît une explosion des sanctuaires marials. Chaque lieu invite à une fête de la foi où l’individu s’insère dans un peuple et où l’être humain s’ancre dans le cosmos. (…) Et puis il y a le retour. Il n’est pas possible de planter sa tente sur le mont de la transfiguration ou de rester à regarder vers le ciel. La nostalgie du moment de grâce doit se transformer en énergie d’assomption du réel. Si le premier pèlerinage de Marie l’a conduite auprès d’Elisabeth, les pèlerinages d’aujourd’hui mènent aussi auprès des réfugiés rwandais ou des victimes du sida, sacrements inconfortables de la rencontre de Dieu 2.

Bruno nous rend attentif à trois temps… Le premier est déjà passé car nous sommes déjà ensemble à Lourdes. Le deuxième est pleinement celui que nous vivons maintenant. Quant au troisième, s’il nous renvoie au service et à la rencontre inconfortable de Dieu dans les plus fragiles de retour chez nous, il fait aussi partie intégrante du vécu de Lourdes. Peut-être que des personnes des accueils souhaiteraient participer à notre halte ?

1Au service de la vérité, pp.23-24.

2Foi Plume, p.172.

 

Questions :

1 – Quels fardeaux ou joies est-ce que j’apporte avec moi à Lourdes, de moi au d’autrui ?

2 – Quel visage le Christ m’a-t-il déjà montré qui m’éclaire encore aujourd’hui ?

Les textes travaillés par Bruno Chenu dans La trace d’un visage peuvent orienter une méditation personnelle:

– La transfiguration (Lc 9, 28-36)

– Le jugement dernier (Mt 25, 31-46) – Les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Textes :

Une prière : « Quand la nuit est là » de Christian de Chergé

Le Père Christian de Chergé (1937-1996) est un religieux français trappiste (ordre cistercien de la stricte observance). Il fit partie des sept moines de Tibhirine vivant en Algérie pris en otage et assassinés en 1996.

 

Quand la nuit est là, quand la lumière n’a pas de nom

en dehors de la foi, Dieu de toute aurore,
avec ton Fils en agonie, nous voulons Te bénir encore.

en dehors de ta volonté, Dieu affrontant toute mort
avec le Fils blessé à jamais, Nous voulons Te glorifier encore.

Quand la lutte est là, quand la victoire n’a pas de nom

en dehors de l’amour, Dieu toujours plus fort,
avec le Fils héritier de nos morts, nous voulons T’adorer encore.

 

Un article de Bruno CHENU : Jean 17 commenté dans Héritiers de l’Évangile

Un texte plus long : « Dieu ou l’homme souffrant » de Bruno CHENU

Les détails ne sont pas renseignés

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Une réflexion sur “Halte Spirituelle 2018 avec Bruno CHENU (Introduction) par Nicolas TARRALLE

  • 25 juin 2019 à 0h28
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    Avec et par le Christ nous vivons des événements extraordinaires, des faits exceptionnels dans ce qui pourrait apparaître comme ” la banalié du quotidien”. Par exemple de dernier WE j’ ai assisté a l’ ordination presbythérale puis à la première messe, d’un père de famille de 4 enfants, veuf, qui va devenir le curé de notre paroisse. J’ai retrouvé Luc une personne de notre fraternité de personnes du Quart Monde qui est tombé dans la rue…après une longue cure de désintoxication; je ne croyais ne jamais le revoir. Et puis le Seigneur semble avoir mis sur ma route, un nouvel ami spirituel en la personne d’un prêtre étranger. Comment ne pas rendre Grâce pour ces merveilles?

    “Il s’agit de mettre de la distance entre soi et soi, de contraster la banalité du quotidien avec l’intensité de l’événement.” “Chaque lieu invite à une fête de la foi où l’individu s’insère dans un peuple et où l’être humain s’ancre dans le cosmos.” Bruno Chenu

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